Lemandatexpress – Bana Prosper, secrétaire général PDCI-RDA d’Oumé, s’est confié à lemmandatexpress.net sur l’actualité politique de son parti, la radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale, les tensions internes, ainsi que les perspectives pour l’élection présidentielle de 2025. Ce militant de longue date revient sur les principes du PDCI, la stratégie de l’opposition et les enjeux liés au dialogue politique.
En tant que militant du PDCI, comment vivez-vous la situation actuelle du parti, notamment avec la radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale ?
Je regarde froidement la situation. En ce qui me concerne, c’est un non-événement. Ce sont des manœuvres politiques prévisibles. En politique, on ne fait pas de cadeau. C’est cette lutte que nous menons. Ce qui se passe, c’est de bonne guerre.
Vous dites que c’était prévisible. Pourquoi ?
C’était prévisible en ce sens qu’on ne pouvait pas laisser Tidjane Thiam concourir ouvertement. Ils savent que c’est risqué pour eux (le pouvoir en place) d’ouvrir démocratiquement les élections à tout le monde. On a toujours su qu’ils n’ont jamais gagné seuls. Avec Tidjane Thiam, le PPA-CI et toute l’opposition en face, ce n’est pas évident.
Êtes-vous en train de remettre en cause l’application de l’article 48 du code de la nationalité, qui est à l’origine de la radiation de Tidjane Thiam ?
C’est notre position depuis longtemps, la position du PDCI. Et moi, je m’aligne. Je ne peux pas aller à contre-courant. Tous nos agissements sont guidés par la direction du parti. Nous avons été formés pour suivre nos textes et respecter la hiérarchie. Donc, la position du PDCI est la mienne, elle est celle de tous ceux qui se réclament fondamentalement du PDCI.
On note cependant que le PDCI a dû réorganiser un congrès en urgence sous la pression de Valérie Yapo et d’autres militants pour faire réélire son président. Cela ne donne-t-il pas raison à ceux qui estiment que l’élection initiale (22 décembre 2023) de Thiam s’est faite dans des conditions irrégulières ?
Mais leur combat, à quoi rime-t-il ? À la disparition du PDCI ? Qui en profite ? Au regard de tout ce qui se passe, je pense qu’il y a une main souterraine. Sinon, à quoi rime leur combat ? Vous menez un combat qui touche à l’intégrité du PDCI, qui menace même la vie du parti. Et vous dites que vous êtes du PDCI ? En gros, ce combat rime à quoi, si ce ne sont pas des personnes instrumentalisées !?
Par qui ?
Je ne saurais le dire. C’est à eux de le dire. Parce que moi, je ne peux pas dire que je suis PDCI et me battre pour tuer le parti. (…) Pour moi, ce qui est important, c’est la présidence. Quand on a la présidence, là, on peut se battre. C’est pour cela qu’on observe ces choses-là avec la tête froide. On regarde ça de loin, sans commentaire. On observe parce qu’on sait qu’au bout du compte, tous ces candidats vont compétir.
Ah bon ?
Oui, tous ces candidats vont compétir, parce qu’on a déjà vu ça. Il y a des gens qui se sont retrouvés dans la même position ; j’ai l’impression que c’est un recommencement. Actuellement, c’est nous qui subissons ce que les autres ont subi hier. Donc, il y a un sentiment de vengeance. Je regarde cela de loin, et j’observe l’évolution, et je sais qu’au final, toutes les solutions vont être trouvées. Sinon, on va revivre ce que nous avons vécu hier.
Chose qu’on n’a pas envie de revivre…
Malheureusement, c’est l’aboutissement prévisible au regard des faits. Mais nous, nous avons une voie : c’est la voie démocratique, la voie du dialogue. C’est pour cela que, chaque jour, nos leaders interpellent, qu’on s’asseye et qu’on discute, au lieu d’emprunter d’autres voies…
Certes, l’opposition parle de dialogue, mais dans ses prises de parole, elle tient des propos guerriers, des sortes de menaces… Qu’en dites-vous ?
C’est clair qu’on ne peut pas caresser. On a même entendu dire que s’ils veulent la bagarre, on va se battre (en référence aux propos de Gbagbo à Port-Bouët). Mais nous, au PDCI, nous ne sommes pas des va-t-en-guerre. Ça, c’est ce qu’il faut retenir. Toute la Côte d’Ivoire le sait. Ce n’est pas ce langage que nous, nous tenons. Je parle du PDCI, pas de l’opposition. Dans l’opposition, il y a des idéologies différentes. Au PDCI, nous prônons toujours la paix. C’est ce qu’on nous a appris : la paix, le dialogue. Parce que Houphouët a dit : « Pourquoi ne pas commencer par le dialogue ce qui va se terminer par le dialogue ? » C’est pourquoi nous en appelons toujours au dialogue.
À propos, quel regard portez-vous sur la démission du professeur Maurice Kakou Guikahué de son poste de conseiller politique de Thiam ?
Pour moi, c’est dommage. C’est un monsieur que je respecte pour tout ce qu’il a été, tout ce qu’il est au PDCI-RDA — enfin, s’il l’est encore. Cela dit, je suis très désolé de ce qui se passe. J’ai même l’impression, connaissant très bien l’appareil du PDCI, qu’il a prêté cet appareil-là à Billon et à tous les autres. Rien qu’en voyant les démarches de personnes comme Billon, qui ne connaissaient rien du PDCI, ou Valérir Yapo, qui sont arrivés hier, je reconnais qu’il y a quelque chose. Je me garde cependant de faire des jugements de valeur.
Oui, mais en le disant, n’y a-t-il pas eu une frustration qui a conduit à cette démarche ?
Y a-t-il plus grande frustration que celle qui touche à la survie de ce qui a été notre vie ? Ce qui a meublé toute notre existence ? On peut toujours régler le problème. À mon sens, il n’y a pas de problème sans solution. Je le répète : il n’y a pas de problème sans solution. Ces frustrations viennent d’où ? Du fait qu’on a décidé d’être candidat à un poste qui n’était pas soutenu par l’ensemble des militants du PDCI. Nous avons un principe. Nous avons une culture au PDCI-RDA : une culture d’héritage, une culture de passage de témoin. Houphouët est parti. Bédié est parti. La majorité a voté pour Thiam. Donc, on s’aligne. Moi, j’ai fait partie de la campagne de Guikahué à un moment. À l’époque, j’ai dit que si ça marchait pour lui, on l’accompagnait. Si ça ne marchait pas, on s’alignait sur celui qui avait gagné. Maintenant, parce qu’on n’a pas gagné, on doit tout remettre en cause…
Pas qu’il n’a pas gagné, il a été plutôt empêché de candidater sous prétexte qu’il était sous contrôle judiciaire. Pour quelqu’un qui a combattu pour le PDCI, est-ce que ce n’était pas un peu injuste de lui faire subir cela ?
Moi, je suis un sachant, je sais beaucoup de choses. Donc je me garde de m’étaler. Quand on sait beaucoup de choses, il faut se garder de dire certaines choses, sachant que cela peut diviser. C’est la raison pour laquelle je ne parle pas. Modestement, je suis ici à Oumé, mais je suis un grand sachant. Je connais les tenants et les aboutissants de tout ce qui se passe. Mais je me garde de me prononcer. J’apprécie de loin. Mais le moment viendra où je parlerai. Il faut d’abord recoller les morceaux et que les uns et les autres reviennent à de meilleurs sentiments, qu’on se mette ensemble pour reconquérir le pouvoir.
Selon vous, le PDCI-RDA a-t-il encore une chance d’avoir un candidat pour la présidentielle ?
Thiam est notre candidat. Il sera notre candidat. Il sera sur la liste électorale et il va compétir.
Et s’il reste radié de la liste électorale, qu’allez-vous faire ?
Ce n’est même pas à envisager. C’est impensable. Ces élections ne peuvent pas se tenir sans un candidat du PDCI-RDA. C’est vrai, ils vous diront que cela s’est passé en 2020. Non, ce n’est pas la même chose. Moi, je suis convaincu d’une chose : tous les candidats seront sur la liste et tous vont compétir. Ce qui me désole, c’est qu’on a un combat national à mener, et pendant ce temps, il y a des gens qui se battent pour leur positionnement local.
Parlons de la Cap-Côte d’Ivoire, cette coalition de l’opposition qui vise l’alternance pacifique. Pourra-t-elle, à terme, parler d’une même voix et aller aux élections en rangs serrés, en présentant un candidat commun à la présidentielle ? Vous y croyez ?
Vous savez, l’opposition avance doucement, de manière stratégique. Certes, d’aucuns s’attardent sur le fait que le président Gbagbo soit pour le moment en marge de la coalition. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas partant pour toutes les actions en cours. Celui qui a l’œil politique comprend que c’est une stratégie. Nous allons nous retrouver. En gros, je pense que cette coalition est la bienvenue. Si chacun se battait seul, la lutte n’aurait pas porté. J’encourage cette coalition. Elle permet de faire régner la démocratie, de faire régner les valeurs.
Enfin, concernant une éventuelle candidature du président Ouattara, certains la jugent anticonstitutionnelle. Mais Gbagbo, lui, se dit candidat alors qu’il a dépassé 75 ans, seuil qui existait dans l’ancienne Constitution de 2000. Comment justifier cette position ? N’est-ce pas soutenir une chose et son contraire ?
Ce n’est pas une question d’âge. La Constitution de 2016 a levé cette limite. Gbagbo est donc dans son droit. Mais concernant le président Ouattara, sa première élection s’est faite sous l’ancienne Constitution. On ne peut pas tout remettre à zéro à chaque changement de texte. Sinon, chaque président changera la Constitution à sa guise. C’est dangereux pour notre démocratie. Il faut mettre fin à cette pratique.
Entretien féalisé par Martial Galé


