Filière Cacao : Le PPA-CI dénonce une « crise de propagande » et appelle à une réforme structurelle

Dans une déclaration signée par le Dr Justin Katinan Koné, le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) dresse un réquisitoire sévère contre la gestion de la campagne cacaoyère 2025-2026.

Entre blocages portuaires, mépris des planteurs et soupçons de corruption, le parti de Laurent Gbagbo estime que le « pilier de l’économie ivoirienne » est en péril.

Le constat est amer dans les zones de production et aux abords des ports d’Abidjan et de San-Pedro. Alors que la campagne 2025-2026 bat son plein, des dizaines de camions chargés de fèves sont immobilisés, incapables de décharger. Pour le PPA-CI, cette situation n’est pas un simple accident logistique, mais la conséquence directe d’une politique de « propagande électoraliste » menée par le régime RHDP.

Un prix « politique » déconnecté de la réalité

Le point de friction majeur réside dans le prix bord champ fixé à 2 800 FCFA/kg. Si cette annonce a été accueillie avec joie par les planteurs en octobre dernier, le PPA-CI y voit aujourd’hui un « cadeau empoisonné ».

Selon le communiqué, ce prix a été maintenu pour séduire l’électorat en vue de la présidentielle de 2025, alors même que les cours mondiaux amorçaient une chute brutale de 30 %. Résultat : les exportateurs, confrontés à un marché international moins rémunérateur, refusent d’acheter au prix fixé par l’État. « Les planteurs ont été sacrifiés sur l’autel de la propagande », assène le Dr Justin Katinan Koné.

Le spectre de la corruption et de la fraude

L’un des points les plus polémiques de la déclaration concerne l’afflux de cacao en provenance des pays limitrophes. Le PPA-CI s’étonne que, malgré des contrôles douaniers censés être stricts, des stocks étrangers viennent engorger le circuit local, au détriment des producteurs ivoiriens.

« Seul le laxisme rémunéré peut justifier que la production de cacao de pays limitrophes vienne encombrer le circuit commercial au point de bloquer la production locale », souligne le texte.

Par ailleurs, le parti dénonce le blocage volontaire des « connaissements » (documents de transport) par le Conseil Café-Cacao, une stratégie qui viserait à gagner du temps jusqu’à la petite campagne de mars, où les prix pourraient être revus à la baisse.

Des solutions jugées « placebos »

Face à l’urgence, le gouvernement a annoncé le déblocage de 280 milliards FCFA pour racheter 123 000 tonnes de stock résiduel. Une mesure jugée insuffisante et opaque par l’opposition.

 Le PPA-CI pointe du doigt :

 Un budget sous-évalué : Selon leurs calculs, le rachat de ce stock au prix officiel nécessiterait au moins 356 milliards FCFA.

Une sélection arbitraire : De nombreuses coopératives auraient été exclues de l’opération d’enregistrement sans motif clair.

L’absence de logistique : Le parti s’interroge sur la capacité réelle de l’État à stocker et transformer ces volumes sans l’appui du secteur privé.

L’appel au retour du « modèle Gbagbo »

Pour sortir de l’impasse, le PPA-CI ne se contente pas de critiquer. Le parti appelle à un changement de paradigme radical :

La libéralisation du prix pour s’adapter aux réalités du marché.

Le transfert de la commercialisation aux producteurs eux-mêmes, s’appuyant sur les succès revendiqués de l’ère Laurent Gbagbo dans les années 2000.

La solidarité active envers les acheteurs locaux dont la marge (100 FCFA/kg) est jugée dérisoire face à l’explosion des coûts de transport.

Alors que le malaise profond des campagnes menace de se transformer en grogne sociale, le PPA-CI prévient qu’il restera « saisi de cette situation » et appelle les planteurs à s’organiser pour défendre leurs intérêts vitaux.

Hilaire Gueby

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