La première Assemblée plénière de la Plateforme nationale de coordination des initiatives d’agroforesterie et des projets carbone dans la filière café-cacao s’est ouverte mercredi 25 février, marquant une étape décisive pour l’avenir durable du cacao ivoirien. Pendant deux jours, jusqu’au 26 février, autorités publiques, secteur privé, partenaires techniques et financiers, chercheurs et acteurs de terrain se réunissent pour structurer une ambition commune qui est de faire de l’agroforesterie et du carbone des leviers stratégiques de transformation de la filière.
Représentant le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Ernest Attah a rappelé l’urgence de la situation. En effet, en l’espace d’une génération, la Côte d’Ivoire a perdu une part considérable de son couvert forestier, avec des conséquences directes sur la fertilité des sols, la productivité agricole et la résilience climatique. Or, la filière cacao constitue un pilier économique et social majeur, représentant une part significative des recettes nationales et assurant les revenus de millions de producteurs.

Face à la raréfaction des terres et aux exigences croissantes des marchés internationaux à travers, zéro déforestation, traçabilité, engagements « net zéro », le statu quo n’est plus une option. « Nous sommes à un tournant décisif : soit subir ces nouvelles exigences, soit transformer ces contraintes en opportunités stratégiques », a-t-il souligné, appelant à passer d’une juxtaposition de projets à une stratégie nationale coordonnée et mesurable.
Une plateforme pour coordonner et structurer l’action
Au nom du Directeur général du Conseil Café-Cacao, Coulibaly Wahatami a salué la mobilisation des parties prenantes et réaffirmé l’ambition de la Plateforme nationale : coordonner les initiatives d’agroforesterie, harmoniser les interventions, consolider les données et maximiser l’impact collectif. La filière café-cacao fait vivre directement plus de cinq millions de personnes et contribue de manière déterminante aux recettes d’exportation du pays.
Sa durabilité conditionne donc non seulement la préservation des forêts, mais aussi la stabilité économique et sociale nationale. Cette Assemblée plénière permettra notamment de, dresser le bilan des activités 2025 ; évaluer la contribution à l’ambition stratégique décennale ; identifier les défis de gouvernance, de financement et d’inclusion ; adopter les orientations pour 2026.
Le carbone comme levier de prospérité
Moment fort de la rencontre : le lancement officiel de l’initiative Cacao Carbon Plus, portée sous le leadership du Conseil Café-Cacao avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement.
Dans son allocution, Madame Blerta Cela, Représentante résidente du PNUD, a insisté sur la dimension stratégique du marché carbone. En effet, bien structuré, celui-ci peut, valoriser les efforts agroforestiers ; financer la transition vers une agriculture durable ; générer des revenus additionnels pour les producteurs.
Mais elle a également rappelé une exigence fondamentale en disant, « Le carbone exige rigueur et intégrité. Sans cadre clair, le risque de fragmentation et de perte d’impact est réel. » L’initiative Cacao Carbon Plus entend précisément répondre à ces enjeux en garantissant une gouvernance claire, une cohérence méthodologique, un alignement avec le cadre national et un partage équitable des bénéfices.
Une ambition collective : productivité, compétitivité et durabilité
Au cœur des interventions, un message commun qui est la protection des forêts et la performance économique ne sont pas incompatibles.
Au contraire, elles doivent se renforcer mutuellement. Les ministères sont appelés à consolider un cadre réglementaire clair ; le secteur privé à investir durablement ; les partenaires techniques et financiers à aligner leurs appuis sur les priorités nationales ; la recherche à garantir la rigueur scientifique ; et surtout, les producteurs à demeurer au centre du dispositif. Cette première Assemblée plénière marque ainsi l’entrée dans une nouvelle phase, plus coordonnée, plus exigeante et plus ambitieuse.
L’objectif est de faire du cacao ivoirien un modèle international de transition agroforestière durable où le carbone devient un outil de prospérité et non une contrainte supplémentaire. Pendant deux jours, les travaux poseront les bases opérationnelles de cette transformation. L’avenir de la filière se construit désormais dans la coordination, la transparence et l’action collective.
Mathias Kouamé


