Présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire : petite claque et grande fissure dans l’opposition. Ça craint ! (décryptage)

Lemandatexpress – Au-delà des motions de soutien exprimées suite à la radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale, les partis d’opposition ivoiriens révèlent, à travers des passes d’armes publiques, leur incapacité à faire bloc dans l’épreuve.

C’est assurément l’effet d’un coup de massue que la classe politique de l’opposition n’avait pas anticipé. La radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale, prononcée le mardi 22 avril 2025 par la juge Aminata Touré, a mis à nu la fragilité des alliances de circonstance en construction. Certes, les dénonciations contre le gouvernement RHDP ont fusé. Mais entre maladresses de communication, échanges acerbes et gestes d’auto-affirmation, le vernis de la cohésion a rapidement craqué face à cette secousse juridique, perçue, à tort ou à raison, comme une manœuvre politique.

À l’origine de la guéguerre : l’invocation d’un sondage d’opinion par le président du PDCI-RDA dans sa réaction à chaud. Selon ce sondage qu’il dit avoir commandité — sans plus de précisions — il l’emporterait aux deux tours de la présidentielle d’octobre. « Je suis en tête de ce sondage, très largement, avec un écart significatif, devançant l’ancien président Laurent Gbagbo qui arrive en deuxième position », a soutenu l’ancien DG du Crédit Suisse. Et de pousser le curseur du comparatif en affirmant : « Dans un second tour entre M. Alassane Ouattara et moi-même, je l’emporte avec 57 % contre 41 %, soit plus de 15 points d’écart. »

Cette sortie, perçue comme une stratégie de défense face à la décision judiciaire, a toutefois heurté les égos au sein du camp Gbagbo. Fabrice Lago alias Steve Beko, Secrétaire national technique en charge du marketing politique du PPA-CI, a vivement réagi sur Facebook : « Je trouve maladroite cette sortie de Thiam où il cite le président Gbagbo en se basant sur un obscur sondage dont il détient seul les résultats. Sauf s’il se trompe sur l’auteur de sa radiation électorale. »

Cet épisode met en lumière non seulement certaines limites dans la communication politique de Tidjane Thiam — déjà critiqué pour avoir comparé sa situation à celle des Éléphants binationaux champions d’Afrique 2023 — mais aussi la difficile marche vers l’union sacrée de l’opposition. Et ce, d’autant plus que cette passe d’armes intervient alors que le PPA-CI France et le PDCI-RDA amorçaient un rapprochement stratégique.

Dans ce contexte, rien n’indique que les fruits passeront la promesse des fleurs. Même si Dr Osman Shérif, secrétaire national de la JPDCI urbaine, s’est ensuite rendu aux bureaux de Steve Beko pour dédramatiser la situation, il avait lui aussi, dans un premier temps, durci le ton : « ???????????????? ???????? ???????????????????????????????? ???????????? ????????????????????????????????, ???????????????? ???????????????? ????’???????????????????????????????????????????? ???????????????? ????’ê???????????? ????????????????????????é???? ???????????????? ????é???????????????? », avait-il rappelé à « son frère » du PPA-CI en appelant à la préservation de l’intérêt général.

Le constat est clair : malgré la volonté affichée d’union, les chapelles restent solidement gardées dans l’opposition. Et il suffit d’une étincelle pour que les contradictions internes éclatent au grand jour. Ansi, dans un communiqué en date du 24 avril, le PPA-CI France, sur instruction de la direction du Parti, a suspendu sa participation à toutes activités politiques organisées en France, en attendant les résultats du comité central extraordinaire du 26 avril à Abidjan. Reste à savoir si cette suspension s’étendra au-delà de cette instance, où de grandes décisions sont attendues. En tout cas, cette mesure pourrait bien enterrer un rapprochement naissant entre le PPA-CI et le PDCI-RDA.

En parallèle, le mouvement de Guillaume Soro a aussi dressé ses propres balises : « Toute action publique se réclamant de GPS doit faire l’objet d’une validation préalable par les instances compétentes », précise une note signée par le responsable de la communication, Moussa Touré.

En tout état de cause, en cette période préélectorale, où stratégies politiques et coups juridiques s’entrechoquent, l’opposition ivoirienne joue sur une corde raide. Comme l’a justement écrit Israël Guébo : « La parole du leader n’est jamais neutre. Elle éclaire, rassemble ou divise. » Aussi, Tidjane Thiam, en réagissant à sa radiation des listes électorales, semble avoir réveillé les vieux démons de la division dans une opposition encore loin de la cohésion. Et ce n’est fait pour rassurer dans la suite des hostilités.

Martial Galé

Lemandatexpress.net

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