Crise au PDCI-RDA : Thiam fragilisé, Billon en embuscade

Lemandatexpress – À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) traverse une crise interne sans précédent. Entre incertitudes juridiques autour de la candidature de son président, Tidjane Thiam, et la montée d’une contestation structurée au sein du parti, le plus vieux mouvement politique ivoirien se retrouve au bord de l’implosion.

La crise intestine qui s’est emparée du PDCI, depuis l’élection de Tidjane Thiam à la tête du Parti en décembre 2023, ne semble pas près de se tasser. À mesure que les échéances électorales approchent et que les chances d’une candidature de l’ancien Dg du Crédit Suisse s’effilochent drastiquement, le ton monte. Si des militants et cadres, plus nombreux, défendent coûte que coûte le choix incarné par Thiam, d’autres réclament une solution alternative.

Crispation accentuée

La crispation interne est telle que la conférence de presse annoncée hier lundi 18 août par Valentin Kouassi, président de la JPDCI Urbaine, à la Maison du parti, a été avortée. Le jeune leader qui projetait d’appeler à l’unité autour d’un candidat incontestablement éligible, s’est vu freiner net dans son élan.

Dans la foulée, un collectif de militants baptisé Initiative pour la Réconciliation et la Sauvegarde du PDCI-RDA (IRS PDCI-RDA), regroupant d’anciens du MEECI et plusieurs cadres, a transmis un mémorandum au Secrétariat exécutif. Ce groupe plaide pour une candidature alternative, citant notamment Jean-Louis Billon, membre influent du bureau politique, présenté comme un choix crédible et juridiquement solide.

Appel à des mesures concrètes

Après avoir dénoncé les dysfonctionnements au sein du parti et égrené une dizaine de propositions de solutions, Aman Kouakou Magloire et ses camarades ont conclu leur déclaration par ce puissant verbatim : « Nous devons être prêts à mener le combat du changement, indispensable pour l’avenir du PDCI-RDA Nous ne pouvons plus nous contenter de corrections superficielles. Nous souhaitons un changement de paradigme politique, et appelons à des mesures concrètes pour assainir le fonctionnement du parti ».

La crise est également nourrie par les débats autour du Front commun que le PDCI a rejoint avec d’autres forces politiques. Plusieurs cadres dénoncent une décision prise sans consultation formelle des instances, renforçant le sentiment de dysfonctionnements dans la gouvernance du parti. « Ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec ce mécanisme. Depuis la fin des discussions, il y a des murmures, des critiques. On parle même de pacte avec le diable », dénonce, sous couvert de l’anonymat, un cadre du parti.

Autre élément qui alimente la grogne : l’absence prolongée de Tidjane Thiam du territoire national. Depuis la mi-mars, il s’est établi à Paris, d’où il anime épisodiquement des tribunes en mondovision. Alors que les militants attendent des arbitrages rapides, son pilotage “à distance” accentue la perception d’un leadership déconnecté de la base.

Équation complexe

De fait, avec la date limite de dépôt des candidatures qui approche à grands pas, le PDCI est pris dans une équation complexe : maintenir la candidature de Thiam et risquer une contestation juridique ou un rejet, basculer vers un plan B (comme Jean-Louis Billon) pour garantir une présence au scrutin, ou encore négocier un compromis dans le Front commun, au risque de diluer son identité historique.

Il apparaît clairement que Jean-billon, qui ne souffre, a priori d’aucun souci d’éligibilité, est déjà prêt pour le combat présidentiel. « La caution est déjà versée. Le parrainage bouclé. La suite arrive dans les prochains jours », a déclaré le député de Dabakala dont le dépôt de candidature est annoncé pour ce mercredi 20 août.

Jamais, depuis sa création, le PDCI-RDA ne s’est retrouvé face à un tel dilemme stratégique. Si la candidature de Thiam est validée, ce qui est loin d’être acquis, le parti pourrait retrouver une cohérence, mais au prix d’une fronde interne persistante. En cas d’invalidation définitive, le risque est grand de voir le PDCI sans candidat, marginalisé dans la compétition présidentielle.

À l’inverse, un pivot rapide vers un plan B pourrait recoller une partie des fractures, mais nécessiterait un sacrifice symbolique lourd. « Pour que le plan B prospère au PDCI-RDA, il faut que la base et ceux qui dirigent soient en parfaite communion. Ce qui ne semble pas être le cas au vu des rapports renforce en interne. Le camp Thiam tient encore fermement au maintien de sa candidature et ça va être difficile à quelqu’un comme Billon, qui a choisi une méthode peu favorable à lui, d’inverser la tendance actuellement », analyse le journaliste-consultant Sylvain Guédé De Bailly.

D’évidence, le PDCI joue gros dans les semaines à venir : son unité, sa crédibilité et sa survie politique. Entre divisions internes, incertitudes juridiques et échéances électorales, le parti d’Houphouët-Boigny est plus que jamais à la croisée des chemins. Faute d’un arbitrage clair et rapide, il pourrait se retrouver relégué au second plan d’une présidentielle cruciale pour l’avenir du pays.

Martial Galé

Lemandatexpress.net

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