Lemandatexpress – À un mois de la présidentielle, la scène politique ivoirienne ressemble à un théâtre où l’opposition rejoue une pièce qu’elle connaît trop bien : celle des menaces et de la contestation sans fin. Pourtant, l’histoire récente l’a montré : cette stratégie de surenchère électorale se retourne presque toujours contre ceux qui l’agitent.
Actionné depuis des mois, le soufflet de la contestation autour de la présidentielle d’octobre 2025 ne faiblit pas. Bien au contraire, il s’est renforcé après la proclamation, le 8 septembre, des candidatures validées par le Conseil constitutionnel.
Sans candidat unifié, et surtout arc-boutée à un refus catégorique de soutenir l’un des quatre adversaires du président sortant, l’opposition fait planer une chape d’incertitudes sur le scrutin. Qu’il s’agisse du PPA-CI qui dénonce « un processus verrouillé », du PDCI engagé sur le terrain du lobbying international, ou du FPI qui mène une guerre des chiffres contre le Conseil constitutionnel, le scénario reste le même : poser des conditions impossibles à satisfaire et maintenir l’idée d’une élection sous tension.
L’illusion de l’arbitrage international
Tout en excluant officiellement le boycott, mais en refusant tout nouveau mandat d’Alassane Ouattara, l’opposition adopte une posture censée contraindre le pouvoir à faire des concessions. Mais en réalité, cette stratégie pourrait bien se retourner en boomerang. Car malgré le durcissement du ton, tous les signaux convergent vers la tenue effective du scrutin le 25 octobre.
L’opposition semble placer son espoir dans une intervention « salvatrice » de la communauté internationale. Pourtant, ni la saisine de la Commission des droits de l’homme de l’ONU par Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ni les récentes consultations menées par le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel n’ont infléchi le processus.
Préoccupé avant tout par la préservation d’un climat apaisé, Leonardo Santos Simão a salué les efforts du gouvernement et appelé l’opposition à exprimer ses griefs dans le cadre constitutionnel. Exit, donc, les accusations du PDCI-RDA qui dénonçait « l’absence d’un dialogue politique sincère et crédible ».
Pendant ce temps, le RHDP avance
Face à cette posture attentiste, le RHDP déroule sa machine électorale. Le 24 septembre, lors de son rendez-vous bimestriel avec la presse, son porte-parole principal a été catégorique : « Je le répète encore : non, le désordre ne sera pas toléré ! », a martelé Kobenan Kouassi Adjoumani, convaincu que la victoire se jouera sur le bilan du président sortant.
Un discours qui prend tout son sens au regard de l’histoire politique ivoirienne : les Ivoiriens n’ont pas oublié les boycotts des années 1990, ni la présidentielle de 2020 marquée par un retrait partiel de l’opposition. À chaque fois, loin de fragiliser le camp présidentiel, ces absences l’ont au contraire renforcé, affaiblissant durablement la crédibilité des contestataires.
En 2025, rejouer la même partition, alors que les électeurs attendent des réponses concrètes sur le chômage, la vie chère ou l’éducation, semble un pari perdant d’avance.
Le prix d’une stratégie sans issue
À force de crier au loup, l’opposition épuise le crédit de ses menaces. Pour l’électeur lambda, ce discours de victimisation finit par sonner creux, surtout lorsqu’aucune alternative crédible n’est proposée.
Les candidatures de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam ayant été invalidées, les deux grands partis de l’opposition pouvaient s’unir derrière de nouveaux candidats issus de leurs rangs. Mais ils s’accrochent à leurs figures tutélaires, accentuant leurs divisions internes : le PDCI-RDA se fissure, avec le ralliement de Me Diplo Linda au RHDP ; au PPA-CI, certains militants lorgnent déjà du côté d’Ahoua Don Mello.
À un mois du scrutin, continuer à brandir la menace du boycott ou de la contestation anticipée, c’est donner l’image d’un camp sans plan B. Dans un pays où la stabilité reste une valeur cardinale, beaucoup d’Ivoiriens pourraient préférer se tourner vers celui qui, au moins, donne l’impression de maîtriser le jeu.
Le piège est clair : à force de jouer les gros bras sans moyens réels de peser sur le processus, l’opposition s’enferme dans une impasse stratégique. Tant qu’elle refusera de se réinventer, en dépassant la centralité de ses leaders historiques pour proposer un véritable projet de société, ses menaces resteront des slogans sans portée.
M. G


