Khaled El-Enany ( nouveau DG UNESCO) : »On veut une UNESCO moins politisée… »

Lemandatexpress – Khaled El-Enany, a été élu, lundi, Directeur général de l’INESCO pour un mandat de 4 ans, par 55 voix sur 57 votes exprimés. Il succède à la Française Audrey Azoulay. Premier représentant d’un pays arabe à en prendre la tête de l’institution, cet ancien ministre égyptien porte un projet ambitieux. À la sortie de son élections, il s’est confié à RFI.

Vous avez récolté pratiquement toutes les voix, sauf deux. Comment vous réagissez à cette victoire très nette ?

C’est un beau début, c’est une étape très importante. C’est l’aboutissement d’une carrière consacrée entièrement à l’éducation, à l’enseignement universitaire, à la recherche scientifique, à la préservation du patrimoine culturel, à la gestion de grandes institutions, à des valeurs qui croient beaucoup au respect, au dialogue interculturel, au respect mutuel.

Le nombre de voix qui m’a été accordé, c’est une énorme responsabilité. Ça veut dire qu’il y a presque un consensus des États membres. Je ne m’attendais pas du tout à un chiffre pareil.

Qu’allez-vous faire en premier ? Quelles sont vos priorités ?

Les 100 premiers jours, ça va être des réunions individuelles avec chacun des États membres, des réunions collectives, par groupe, par thème, des rencontres avec les partenaires de l’UNESCO, de la famille onusienne, des donateurs, des grandes entreprises, le secteur privé, le représentant de la société civile, discuter avec la famille UNESCO. Je veux vraiment établir beaucoup, beaucoup de synergies. Je viens d’une région qui est carrefour de culture.

Je suis égyptien, aussi bien qu’arabe, africain, méditerranéen, citoyen du Sud, citoyen du monde. Je veux vraiment servir de pont culturel.

Le départ des États-Unis, prévu en 2026, va provoquer une baisse du budget de l’UNESCO de 11%. Comment comptez-vous gérer cette nouvelle situation financière ?

Je dois féliciter la direction actuelle d’avoir mobilisé des ressources énormes. C’est l’une des plus grandes croissances dans le système onusien, presque 490 millions de dollars en 2024. J’ai une expérience dans ce domaine parce que je ne viens pas d’un pays très riche.

J’ai géré deux ministères, le tourisme et les antiquités, que j’ai fusionnés. J’ai beaucoup travaillé avec le secteur privé, avec les grandes entreprises, pour mobiliser des fonds, pour signer des partenaires avec le secteur privé. Avec les États membres, je vais continuer ces efforts pour rassurer les anciens donateurs de continuer à donner, davantage même, et attirer de nouveaux gouvernements, les donateurs et le secteur privé.

Je crois que le secteur privé sera aussi une priorité, tout en gardant et préservant les valeurs de l’UNESCO, qui ne doivent pas être trop commercialisées. Et là, je crois qu’il y a un compromis qu’on pourra atteindre avec la famille UNESCO.

Comment réagissez-vous aux propos de Donald Trump qui dit que l’UNESCO est trop politisée ?

C’est une demande qui m’a été faite par la plupart des États membres. On veut une UNESCO moins politisée, une UNESCO qui respecte son mandat, qui est un mandat technique et préparant un consensus et atteindre toujours un consensus. C’est un rôle très important de secrétariat d’être impartial et de ne pas servir un groupe au détriment de l’autre, ni une culture au détriment de l’autre. Je suis le premier Égyptien et le premier Arabe, et là j’étais très clair que je ne viens pas avec un agenda culturel.

J’ai intitulé mon slogan, donc ma campagne, l’UNESCO pour le peuple. Je veux une UNESCO qui a de l’impact sur la vie des gens, une UNESCO qui est connue et reconnue par les gens, au-delà du patrimoine culturel.

Une des missions principales de l’UNESCO est la promotion de la paix. Comment l’organisation peut-elle jouer ce rôle dans un monde où les conflits se multiplient ?

Tant qu’un étudiant ou un élève étudie dans le manuel scolaire que son voisin est un ennemi, il n’y aura pas de paix. Et là, je crois que c’est là qu’il faut commencer, c’est par l’enfance. Je crois aussi que l’inégalité entre les gens sur la planète, en termes d’éducation, de sciences, crée une haine.

Malheureusement, en ce moment, il y a beaucoup de discours de haine. Et là, je crois que la raison d’être de l’UNESCO, c’est de rapprocher les peuples, parce que les accords gouvernementaux et politiques rapprochent les gouvernements. Mais l’éducation, la science et la culture et la communication rapprochent les peuples.

Deuxième rôle, c’est pendant les conflits. Préserver les sites de patrimoine naturel et culturel, les établissements scolaires, les professeurs, les journalistes, les établissements de recherche scientifique. Et après, dans la phase de reconstruction du système éducatif, scientifique et culturel des pays en crise.

Quand je dis crise, ce n’est pas seulement conflit, mais c’est aussi l’impact du changement climatique, notamment pour les petits Etats insulaires.

Retranscris sur RFI par Martial Galé

lemandatexpress.net

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