Tidjane Thiam, après la présidentielle en Côte d’Ivoire: « Les morts, les blessés… sont la conséquence du refus du pouvoir d’entendre l’appel lancé… » (Déclaration)

Lemandatexpress – Tidjane Thiam, le président du PDCI-RDA, s’est prononcé ce lundi sur la présidentielle du 25 octobre. Dans une vidéo d’une dizaine de minutes, il a décrié le contexte général de ce scrutin. Réaffirmant la volonté du PDCI à se battre pour la démocratie, l’ancien DG de Crédit Suisse a soutenu que les morts, les blessés, les prisonniers etc. enregistrés au du processus électoral sont « la conséquence du refus du pouvoir d’entendre l’appel lancé par l’ensemble de la société ivoirienne ».

Déclaration de Tidjane Thiam, à la suite du scrutin présidentiel du 25 octobre 2025, en Côte d’Ivoire

Ivoiriennes, Ivoiriens, chers amis de la Côte d’Ivoire, bonsoir. Il y a 48 heures, s’est déroulé dans notre pays, un exercice électoral. Cet exercice électoral a eu lieu dans un climat de peur et a été marqué par une faible participation, visible et reconnue de tous.

Mais avant tout propos, permettez-moi de m’incliner respectueusement devant la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie pour avoir osé exprimer leurs opinions ainsi que le leur permet la constitution ivoirienne. A leurs familles, j’adresse mes plus sincères condoléances ainsi que celles du PDCI RDI.

Un membre des forces de l’ordre a aussi perdu la vie pendant ces malheureux événements. Je l’adresse nos condoléances attristées, à sa famille et à ses proches. Mes pensées vont aussi à tous les blessés, à tous ceux qui ont perdu leur maison et leurs biens et à ceux qui sont emprisonnés, certains pour s’être opposés au quatrième mandat, d’autres pour avoir dit ce qu’ils pensaient et d’autres encore sans aucune raison visible.

A leurs familles, nous apportons notre compassion, notre soutien et notre promesse solennelle de lutter pour leur libération par tous les moyens légaux disponibles. A toutes et à tous, je souhaite exprimer ma gratitude pour votre patience, pour votre courage et pour votre foi inébranlable en la démocratie. Merci de tenir bon, merci de croire en notre idéal de nation et de refuser d’accepter que les voix de millions d’ivoiriens soient réduites au silence.

Mais parlons franchement, ce qui vient de se passer n’est pas une véritable élection et ce à quoi nous avons assisté ne fait pas honneur à notre pays. Avec le PPACI et le président Bambou, le PDCI RDA dans le Front commun, n’a cessé d’œuvrer pour éviter la situation où nous nous trouvons aujourd’hui. Les faits sont clairs, le président Alassane Ouattara a brigué un quatrième mandat controversé.

J’ai moi-même été rayé des listes électorales par un tribunal. D’autres figures de proue de l’opposition, au premier rang desquelles Laurent Bambou, Afin N’guessan, Vincent Toh Bi Irié, Assalé Tiemoko et beaucoup d’autres, ont également été empêchés de se présenter. Partout dans le pays, depuis le 2 octobre, les manifestations ont été accueillies par des gaz lacrymogènes, des arrestations massives et une répression brutale.

Au 25 octobre, les autorités faisaient l’état de plus de 700 personnes arrêtées, de dizaines de personnes gravement blessées et de vies perdues. Ivoiriennes, Ivoiriens, mesdames et messieurs, cet exercice électoral a divisé notre pays. Une nation qui pendait près de deux décennies a lutté pour retrouver sa paix et son unité.

C’est d’autant plus regrettable que, en 2011, le pays était porté par une vague d’espoir, en laquelle tous les Ivoiriens qui aspiraient à la paix et à la réconciliation croyaient. Mais aujourd’hui, malheureusement, force est de constater que des divisions se sont creusées, des communautés sont dressées les unes contre les autres. Des expéditions punitives ont été organisées.

L’horreur est de retour en certains endroits du territoire. A Nahio, des vies humaines ont été perdues et on me dit qu’une personne a été brûlée vive. Nous avions pensé que le spectre de ce type de violence ne reviendrait jamais, mais il semble que nous nous sommes trompés.

Au lieu de nous rassembler, nous nous sommes divisés autour de cette élection et avons reculé dans la construction d’une véritable nation ivoirienne. Nous avons été nourris de slogans dont le plus ironique, compte tenu de la réalité à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, semble être de vivre ensemble. Nous tenons tous à la stabilité du pays, qui est notre bien commun. Nous avons toujours pensé, pour notre part, qu’une élection inclusive était le meilleur garant de la stabilité du pays et que la continuité, rassurante en apparence, pouvait conduire à l’instabilité, car la soif de changement du peuple ivoirien était réelle. Et les faits récents semblent malheureusement de donner raison.

Le taux d’abstention que certains tentent aujourd’hui de manipuler est en réalité le verdict du peuple. Un rejet silencieux mais puissant d’un exercice électoral peu crédible auquel la grande majorité des Ivoiriens a refusé de participer avant-hier. Le 25 octobre 2025, il ne s’agissait pas d’une élection au sens démocratique du terme.

Dans certaines localités, on nous annonce même parfois un nombre de votants supérieur au nombre d’inscrits. Ce n’est pas cela la démocratie. Ivoiriennes, Ivoiriens, ne baissons pas les bras.

Nous savons que la justice et la transparence sont les fondements du véritable développement et de la prospérité. La corruption n’est pas simplement un échec moral, c’est un désastre économique. La corruption appauvrit tout le monde en dehors d’une petite élite.

Si les milliards financés par vos impôts et parfois détournés par certains s’investissaient en Côte d’Ivoire plutôt que dans des immeubles et à l’étranger, notre pays irait mieux et l’abstention ne serait pas à des niveaux records. Des routes dans le nord et dans l’ouest, à Soubré, des centres de santé dans nos villages, des écoles de qualité pour nos enfants auraient été construits. Nous ne pouvons pas permettre que les richesses de notre nation soient détournées alors que notre peuple vit dans la misère.

C’est pourquoi aujourd’hui, j’appelle toutes les forces vives de notre nation, les partis politiques, la société civile, les chefs religieux, les chefs traditionnels, les jeunes et les femmes surtout, à s’unir. Nous rejetons la violence, nous rejetons la violence parce que nous croyons au pouvoir de nos idées, à la force de l’unité et non au langage de la peur ou des armes. Il n’y a qu’une seule façon de vaincre la faute, la transparence et les faits.

Là où règne le mensonge, nous apporterons des faits. Là où règne la peur, nous apporterons de l’espoir. N’ayant pas participé à cette élection, nous ne nous interdisons pas pour autant d’agir.

Pacifiquement, courageusement et tous ensemble, nous allons reconquérir notre démocratie. Depuis mon élection à la présidence du PDCI RDA, j’ai dû affronter une série de procès et procédures. Il semble que nous allions obéir de nouvelles procédures en nous concernant, selon lesquelles je voudrais lancer un appel à l’insurrection le 18 octobre.

Je renvoie chacun au message que j’ai publié ce jour-là, un message écrit, anniversaire de la naissance du Président Alfred Boigny où je disais « Évitons pendant qu’il en est encore temps la voie sans issue créée par le règne de la manipulation, de la violence, de l’injustice et de l’exclusion. Jamais il n’est trop tard pour dialoguer, la paix est encore possible. Agissons maintenant, le monde nous regarde, l’histoire nous jugera.

La côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, notre pays bien-aimé, doit rester un pays de paix, pour que l’âme, dans son caveau du Père fondateur, repose en paix. Que la paix soit dans nos cœurs. Voilà ce que je disais le 18 octobre.

Ivoiriens, il ne faut pas désespérer. Dans aucun pays, la démocratie n’a pu s’établir sans avoir à surmonter une résistance farouche de la part du régime autocratique. Je saisis l’occasion pour rappeler à nouveau le pouvoir au dialogue.

Nous sommes en effet dans une impasse. Seul le dialogue peut nous permettre d’en sortir. C’est le souhait en tout cas de la majorité des Ivoiriens.

Un dialogue sincère nous aurait évité les incidents et les pertes de vie humaines que nous venons de vivre. Il n’est jamais trop tard pour bien faire et j’espère donc que les autorités entendront cet appel. Les morts, les blessés, les prisonniers, les rancœurs sont la conséquence du refus du pouvoir d’entendre l’appel lancé par l’ensemble de la société ivoirienne, y compris même parmi leurs partisans.

Le dialogue auquel nous convions le pouvoir doit aboutir à des engagements fermes de toutes les parties prenantes pour garantir dans la durée l’unité de notre pays et la paix dans l’expression et le respect de toute notre diversité. Une autre Côte d’Ivoire est possible, une Côte d’Ivoire que nous construirons ensemble. Au PDCI-RDA, nous prenons cet engagement solennel.

Notre parti a une vision cohérente et de long terme, un projet pour une Côte d’Ivoire réconciliée, moderne et unie. Je salue ici et remercie tous nos militants, tous nos partisans pour leur courage et leur détermination. Nous continuerons à nous battre pacifiquement, non pas avec des armes, mais avec de l’espoir, non en divisant, mais en rapprochant et en réconciliant.

Ivoiriens, chers amis de la Côte d’Ivoire, nous venons de vivre un moment de notre histoire qu’ensemble nous transformerons, j’en suis sûr, en un moment d’éveil et de réunion. Engageons-nous donc à nous battre pacifiquement, pour une Côte d’Ivoire qui appartient à tous, sans distinction d’origine, de religion, d’ethnie ou de culture, dans le respect de l’état de droit. Notre cause est juste, c’est pourquoi elle prévaudra.

Ensemble, nous retrouverons notre démocratie. Ensemble, nous restaurerons notre dignité. Ensemble, nous construirons cette Côte d’Ivoire réconciliée, que nous savons possible.

Vive la Côte d’Ivoire, que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire

Fait à Paris, le 27 octobre 2025

Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA

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