Lemandatexpress – Le 3 janvier 2026, une opération militaire menée par des forces spéciales américaines au Venezuela a conduit à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Transférés à New York, ils doivent répondre devant la justice fédérale américaine d’accusations liées au narcotrafic et au « narco-terrorisme ».
Au-delà du choc provoqué par l’événement, cette arrestation soulève des questions fondamentales : jusqu’où peut aller la puissance d’un État ? La souveraineté nationale est-elle encore une norme intangible ? Et quel avenir pour le droit international dans un monde de plus en plus polarisé ?
Un précédent lourd de sens
L’opération rappelle immanquablement l’invasion du Panama en 1989, lorsque les États-Unis avaient capturé le général Manuel Noriega. Mais une différence majeure s’impose : à l’époque, Noriega n’était pas reconnu comme président légitime. Nicolás Maduro, lui, demeure reconnu par l’ONU comme chef de l’État vénézuélien. C’est précisément ce point qui alimente la controverse juridique.
Pour de nombreux juristes, l’intervention américaine repose sur des bases fragiles. Marc Weller, spécialiste du droit international à Chatham House, y voit une violation de la Charte des Nations unies, qui interdit le recours à la force sans mandat du Conseil de sécurité ou consentement de l’État concerné.
Matthew Waxman, professeur à l’Université Columbia, rappelle également que la lutte contre le narcotrafic, aussi légitime soit-elle, ne justifie pas une opération militaire transfrontalière contre un État souverain.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a d’ailleurs mis en garde contre un précédent dangereux, susceptible d’affaiblir durablement le principe de non-ingérence.
Un monde divisé
Sans surprise, les réactions internationales reflètent la fracture géopolitique actuelle. Washington et certains alliés occidentaux défendent un acte de justice contre un régime accusé d’autoritarisme et de corruption.
À l’inverse, la Russie, la Chine, l’Iran, ainsi que plusieurs pays africains et latino-américains – dont l’Angola, le Mali, le Nigeria ou l’Afrique du Sud – dénoncent une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne et appellent à une solution politique.
La France, pour sa part, tout en critiquant la gouvernance de Nicolás Maduro, a clairement désapprouvé la méthode employée, rappelant qu’« aucune solution politique durable ne peut être imposée de l’extérieur ».
Pour des analystes comme Ian Bremmer, cette affaire illustre la difficulté croissante pour les grandes puissances de concilier défense des valeurs universelles et respect strict du droit international. Une contradiction qui fragilise l’équilibre mondial.
Quelles leçons pour le Sud global ?
En Afrique comme en Amérique latine, l’épisode vénézuélien ravive les craintes d’ingérences extérieures et souligne l’urgence de renforcer des institutions régionales capables de gérer les crises sans intervention militaire étrangère.
Plus largement, si le droit international devient une norme à géométrie variable, la confiance dans le multilatéralisme risque de s’éroder davantage. D’où la nécessité de mécanismes judiciaires internationaux crédibles, capables de juger les dirigeants sans recourir à la force.
En somme, dans un monde déjà marqué par la guerre en Ukraine et des tensions croissantes entre grandes puissances, l’arrestation de Nicolás Maduro apparaît comme un symptôme de plus d’un ordre international fragilisé et profondément divisé.
Martial Galé



